Julien Moya, freelance vs. wild

moya

 

Julien Moya, Graphiste et directeur artistique, indépendant depuis 2003, a effectué plus de 600 missions en freelance pour le compte de PME/TPE comme pour les grands groupes de communication français (DDB, BETC Euro RSCG, Publicis, BDDP, TBWA …)

Intervenant régulièrement en écoles supérieures ou en centres de formation, il est en outre modérateur sur le forum kob-one.com,communauté francophone consacrée aux professionnels de la création, et rédacteur du « Kit de survie du créatif » et « Profession graphiste indépendant ».

Le 11 décembre prochain, il donnera une conférence dans le cadre des formations CreativLearn sur le thème du droit d’auteur. Les inscriptions sont ouvertes, n’hésitez pas à vous inscrire.

Il répond aujourd’hui à nos questions sur le métier de créatif indépendant et sur le droit d’auteur.

 

Peux-tu décrire ton métier et comment tu en es arrivé là ?

Je suis Directeur Artistique et UI designer, ce qui signifie que je travaille principalement pour les médias écran : sites web, intranets, applis, jeux et animations. J’ai commencé ma carrière en tant que salarié dans une agence de e-learning (formation en ligne), puis j’ai vite opté pour le freelance il y a une douzaine d’années. J’ai d’abord eu des clients de type TPE/PME, puis mon réseau m’a fait accéder aux agences. Aujourd’hui mes clients sont principalement ces dernières.

Tout au long de cette activité j’ai toujours beaucoup échangé avec des confrères autour de la pratique du métier dans tous ses aspects, même les moins « créatifs » : gestion, fiscalité, positionnement, prospection, négociation, droit d’auteur, etc. À force, j’ai fini par amasser une somme de savoir conséquente que j’essaye aujourd’hui de transmettre à tous les créatifs. C’est cette volonté qui m’a entre autres amené à écrire un ouvrage, « Profession Graphiste Indépendant », et à intervenir au sein d’écoles ou de centres de formations.

Y a-t-il un sujet d’actualité particulier qui touche les freelances en ce moment ?

Oui, il y a la fronde actuelle contre le travail gratuit, matérialisé entre autre par ces plateformes qui organisent à la chaîne des appels d’offres maquillés en « concours » pour faire le plein de consultations créatives sans débourser un centime. Je suis dans l’équipe informelle qui a mis en place la pétition « Non à l’exploitation du travail gratuit » et a rencontré Axelle Lemaire il y a quelques mois pour en parler.

Il y a beaucoup de travail à faire, notamment pour sensibiliser les politiques, mais depuis 10 ans que nous luttons contre ces pratiques, nous avons malgré tout vu les consciences évoluer nettement chez les créatifs. De plus en plus de jeunes se lancent en sachant déjà (ou en comprenant vite) que certaines voies sont sans issues. Beaucoup restent à convaincre mais on y travaille.

L’autre actualité ce sont les remous au cœur du régime social des auteurs (MDA, Agessa). À l’occasion d’une réforme des retraites, l’État a ainsi annoncé imposer à partir de 2016 une hausse considérable des cotisations obligatoires, impossible à supporter par une bonne partie des auteurs déjà fragilisés. Même si les raisons de cette réforme reposent sur des constats réels, la façon dont elle a été engagée – sans consultation, sans progression – était proprement scandaleuse. Heureusement les auteurs ont su s’organiser (j’y vois un signe de ce que j’expliquais plus haut) et leurs syndicats ont réussi à obtenir le report de cette réforme jusqu’à l’obtention d’un compromis. Une actualité à suivre donc.

Quelles sont les difficultés du métier de freelance ?

La principale difficulté c’est le manque flagrant de formation et de préparation des créatifs à tous ces aspects qui, une fois devenus indépendants, font la moitié voire les deux tiers de leur métier de tous les jours. Ces lacunes peuvent se rattraper doucement avec le temps et l’expérience, mais au prix de nombreuses erreurs qui peuvent coûter cher à une activité, voire la couler.

Les créatifs ne s’en rendent pas forcément compte, mais toute la journée ils négocient et collaborent avec des gens – patrons, commerciaux, chefs de projets – qui eux maîtrisent par vocation ces domaines. Ils se retrouvent donc désarmés, et souvent inconscients de l’être, face à leur propre environnement professionnel. Ce manque d’équilibre est une des sources principales de difficultés, j’en suis convaincu, dans la pratique d’un métier créatif en indépendant.

Le 11 décembre prochain, tu vas donner une conférence sur les droits d’auteur dans le cadre des formations CreativLearn, peux-tu nous en dire quelques mots ?

Parmi tous ces domaines dans lesquels les créatifs sont totalement désarmés professionnellement, le droit d’auteur figure en bonne place. Nous avons l’un des droits les plus solides du monde et pourtant on ne sait ni s’en servir ni même être en règle par rapport à lui !

Quand j’enseigne les bases et la pratique du droit d’auteur à des créatifs ou futurs créatifs, ce n’est pas dans l’optique de racketter leurs clients ou de faire des caprices d’artistes. Il s’agit uniquement de mettre en place des contrats solides avec ses collaborateurs, qui permettront de protéger légalement les deux parties (et oui : un client qui n’a acquis aucune cession de droits pour une prestation de création, c’est un client exposé théoriquement à des plaintes pour contrefaçon), et d’obtenir une rémunération juste et proportionnelle de son travail.

Mettre en place une « petite » cession à budget réduit pour une start-up aux besoins limités, qui se renégociera ensuite en grosse cession si la start-up devient multinationale, c’est le genre de chose que permet une bonne maîtrise du droit d’auteur. Et on voit bien que ça peut profiter à tout le monde.

Voilà pourquoi je considère le droit d’auteur comme l’un des piliers incontournables d’une activité freelance solide. Tout créatif entendant travailler de façon professionnelle devrait systématiquement assortir ses ventes d’une cession de droit.

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